LA BATAILLE DE MIDWAY   Leave a comment

Cinq F4F-3 Wildcat ont décollé derrière leur chef de section, Carey pour intercepter les avions japonais qui attaquent Midway. L’un d’entre eux doit faire demi-tour et Marion Carl prend sa place comme ailier de Carey. La suite, il la raconte lui-même :
Arrivés à 50 km au large à 4 200 m, Carey a effectué un virage à droite. J’ai éprouvé quelques difficultés à suivre et je me suis retrouvé distancé de plusieurs centaines de mètres. À la sortie du virage. Carey a signalé une large formation de bombardiers escortés par des chasseurs, puis il a plongé sur les bombardiers. J’ai repéré les chasseurs, trois groupes de cinq grimpant pour protéger les bombardiers, alors j’ai exécuté une passe sur le flanc d’un des chasseurs qui se trouvait à quelque 600 m sous moi. Mon tir est passé à côté et j’ai dégagé en montée. Quand je me suis retourné pour observer les résultats de mon attaque, j’ai été surpris d’apercevoir plusieurs Zéro déjà en train de se mettre en position dans ma queue. J’ai piqué droit devant moi pleins gaz et ils ont alandonné la poursuite. J’ai redressé à 900 metres J’ai repris de l’altitude et me suis dirigé vers ma hase. À 6 000 m. j’ai rétabli et ai cherché une nouvelle cible. N’en apercevant aucune, je suis revenu vers 3 600 m et me suis approché à moins de trois kilomètres de ma base. J’ai aperçu trois chasseurs Zéro à basse altitude en train d’effectuer un large virage, alors je suis parti dans un piqué à 45° plein pot, mais j’avais à peine assez de vitesse pour coiffer l’un des Zéro en train de virer. J’ai tiré une longue rafale jusqu’à ce qu’il bascule sur une aile et je l’ai laissé hors de contrôle piquant droit devant lui en traînant un panache de fumée. Les deux autres chasseurs ont manoeuvré pour se rapprocher de moi, alors j’ai foncé vers un nuage. Un chasseur a abandonné la partie, mais l’autre a continué et a ouvert le feu. II fa tiré de manière régulière pendant plusieurs secondes, mais il visait trop bas, car j’ai vu les traçantes passer des deux côtés sous moi. Finalement. j’ai senti des impacts de balles frapper ma manette des gaz, j’ai viré à plat et il m’a dépassé. Je l’ai arrosé quand il est passé devant moi. Il a basculé devant et sous moi et j’ai poussé le manche vers l’avant et ai pressé la détente en même temps, mais manifestement la manœuvre avait été trop brutale, car aucune de mes armes n’a déclenché. J’ai plongé derrière le chasseur et ai pénétré dans un nuage. Je n’ai pas aperçu d’avion ennemi par la suite.
« Je suis remonté à 3 000 m à proximité de ma base et quelques minutes plus tard, à 7h20, j’ai reçu l’ordre d’atterrir Je me suis posé vers 7h30. J’ai utilisé un peu plus de 300 projectiles. Selon moi, j’ai descendu un chasseur lourd Zero et infligé des dégâts inconnus à deux autres appareils du même type. » L’attaque suicide des avions de Midway « Avions ennemis en vue », Les vigies japonaises viennent d’apercevoir les premiers appareils américains arrivant de Midway. L’ordre d’attaque des formations diffère selon les sources, japonaises et américaines. Ce qui ne varie pas, cependant, c’est le sort que leur réservent les 18 Zéro maintenus en couverture de l’escadre et les batteries antiaériennes de Nagumo.
Par tribord des navires arrivent les 6 torpilleurs Grumman Avenger menés par Fieberling. L’appareil est nouveau et n’a encore jamais été testé sous conditions opérationnelles. Fieberling a donné l’instruction d’ouvrir les trappes de soute avant l’attaque pour éviter qu’elles ne soient victimes d’une panne hydraulique. Trois appareils sont descendus avant même d’avoir pu lancer leur torpille. Deux autres subissent un sort identique après avoir lancé la leur. Le sixième, piloté par Earnest, sera le seul survivant. Son mitrailleur arrière a été tué dès le début de l’attaque, son radio a perdu conscience et Earnest a été lui-même blessé dans le cou et saigne abondamment. Sa situation apparaît désespérée. Comprenant qu’il ne pourra jamais s’approcher d’un porte-avions, il lance sa torpille contre un croiseur; elle ne touchera pas sa cible. Il réussit à s’échapper. Il n’a plus ni système électrique, ni système hydraulique (il ne peut pas fermer les trappes de la soute), ni compas, Seuls le moteur et le pilote fonctionnent encore ! Naviguant à l’estime, il parvient à regagner Midway, où il se pose à 9h40. 07h05 — L’attaque des B-26
Se présentent ensuite les 4 B-26 par babord des porte-avions Akagi et Kaga. Aucun équipage n’a jamais lancé de torpille et les pilotes ont reçu une instruction des plus sommaires de la part des spécialistes de l’US Navy. Colins et les Lieutenants Mayes, Watson et ont décollé pour une mission-suicide et ils le savent. Melo, radio du B-26 piloté par le Lieutenant Muri (2eme à genoux à gauche), a vécu cette mission aux premières loges :
En quelques minutes nous étions en l’air Je suis resté devant ma radio pendant un court instant et je suis ensuite installé à mon poste de tir latéral. Ashley était déjà derrière sa mitrailleuse de queue et Gogol a grimpé dans sa tourelle. Nous étions tous prêts. Le tari du Lieutenant Mayes était sur notre droite et on était en train tout doucement de le dépasser. On s’est fait des signes de la main avec Battaglia dans sa tourelle et Roy Walters dans la queue.
Ce devait être une heure plus tard quand Muri nous a dit dans l’interphone de nous tenir prêts car la flotte était devant nous. Nous savions quel type de bateau nous roulions toucher, car la nuit précédente on s’était tous mis d’accord pour se payer un porte-avions. Maintenant le Lieutenant Muri et tous ceux qui étaient devant avaient une vue imprenable sur toute la flotte : 4 porte-avions flanqués par des cuirassés, des croiseurs et des destroyers. Nous devions traverser tous leurs feux pour aller chercher ce porte-avions. Pas beaucoup de temps pour réfléchir. Le Lieutenant Muri a mis une nouvelle cigarette à ses lèvres et Moore a placé le viseur du lance-torpille en position. Ils étaient prêts.
Nous avons perdu progressivement de l’altitude afin de ne pas prendre trop de vitesse. Ce fut alors que le Lieutenant Muri a aperçu les taxis de la marine qui venaient de faire la première attaque à la torpille. Ils avaient presque tous été abattus. Pas le temps d’être inquiets. Les Japs nous avaient repérés et la flak avait ouvert le feu sur nous. Nous nous sommes rapprochés de plus en plus de la surface de l’eau. À ce moment, Ashley et Gogoj ont crié qu’un Zéro arrivait dans notre queue. Gogoj dans la tourelle a tiré dessus. L’enfer s’est déchaîné. J’ai entendu Gogoj hurler qu’il était touché et je l’ai vu tomber sur sa mitrailleuse. J’entendais les projectiles frapper les flancs du fuselage et près de la tourelle. Gogoj a glissé du siège de sa tourelle. Mon Dieu ! quel merdier ! son visage était maculé de sang II m ‘a assuré qu’il n’était pas grièvement touché, juste quelques petites égratignures dues aux éclats de plexiglas de la tourelle qui avait explosé. Il s’est entouré la tête d’un morceau de tissu pour éviter que le sang ne coule dans ses yeux et il est reparti en rampant vers la tourelle. Je me suis alors glissé jusqu’au compartiment d’Ashley. Il soufflait terriblement et sa jambe ressemblait à un hamburger. J’ai tenté d ‘appeler le Lieutenant Muri, mais l’interphone avait été coupé.
« Pendant ce temps, on s’était rapprochés du porte-avions. Nous volions très bas, en dessous du pont du navire. Maintenant, on recevait tout le plomb et l’acier qu’ils pouvaient nous tirer dessus. Même les gros canons des cuirassés pointaient pour tirer un obus devant nous de manière à nous faire percuter l’énorme colonne d’eau qu’il produisait en explosant. Nous étions tout près. Le Lieutenant Johnson dans le nez a ouvert le feu avec sa mitrailleuse. Les laps couraient partout sur le pont La fumée de la mitrailleuse de nez était si épaisse qu’on ne voyait plus Johnson. Moore a ajusté son viseur. La visée était parfaite, alors il a appuyé sur la détente. Il a appuyé, appuyé, appuyé encore pour être bien sûr: Le porte-avions semblait gigantesque maintenant. Moore a regardé Muri Il était tendu et des gouttes de sueur couvraient son front. II avait tant mordu sa cigarette Pour l’amour de Dieu, Jim, redresse. Redresse ! Et à la dernière seconde, il a redressé. On est passés au-dessus du pont d’envol du porte-avions et on est redescendus au ras de l’ ‘eau. On avait fait notre boulot, mais serions-nous capables de rentrer ? Je suis allé à l’arrière pour m’occuper d ‘Ashley. Pren m’a suivi. Il a regardé dans la tourelle de Gogoj et a failli s’évanouir à la vue du spectacle. Il y avait tant de sang qu’on pouvait croire que tout le visage de Gogoj avait été arraché. Gogoj lui a fait un petit signe de la main et il est allé voir Ashley Un Jap est arrivé sur nos arrières. S’agenouillant avec Ashley entre lui et la mitrailleuse, Moore à ouvert le feu. La mitrailleuse s’est enrayée et il ne pouvait tirer que quelques balles à la fois. Ashley s’est mis sur le côté et passait les munitions à Moore quand il en avait besoin. Gogoj avait aussi des ennuis, car une de ses armes avait été détruite par les Japs et l’autre s’enrayait dès qu’il pressait la détente trop longtemps. Et, 14 à 100 mènes de lui, un Zéro volait en formation I II gardait son arme pointée sur le Jap et tirait chaque fois qu’il le pouvait. Muri a poussé les chaudières à fond et on a lentement commencé à décrocher le Zéro dans notre queue
Une heure plus tard, nous étions de retour, mais on a transpiré pour retrouver ‘île. […] Nous avons atterri avec un pneu crevé et avec seulement la moitié des freins. On a traversé toute la piste pour finir contre un talus. Quand on est sortis, les Marines étaient là pour nous saluer En quelques secondes, ils avaient emmené Ashley et Gogoj pour leur prodiguer les premiers soins. Un des Marines que je connaissais a couru vers moi et m ‘a serré la main. J’ai appris par la suite que quand on est partis, il s’est agenouillé et a prié. […] Nous étions le premier B-26 à revenir. Il y en avait deux de notre escadrille et deux d’une autre. On a attendu qu’ils se pointent. Peu près, un autre est arrivé, également avec un pneu crevé. Il n’était pas de notre escadrille. On a attendu, mais on n’en a pas vu arriver d ‘autres. On n ‘a jamais su ce qu’ils étaient devenus. 07h48 — L’attaque des Dauntless
Le Major Henderson, (photo au dessus) a décidé de diviser son escadrille en deux formations. Il a pris lui-même la tête de la première formation, composée de 16 Dauntless répartis en quatre sections de quatre. La seconde formation, confiée au. Norris, est constituée par 12 Vindicator divisés en trois sections de quatre. La formation de Norris est vite distancée par celle de Henderson, car les Dauntless s’avèrent beaucoup trop rapides pour les malheureux Vindicator.
Henderson s’adresse à ses pilotes par radio : « Attaquez les deux P/A par le bâbord de la proue ». Â la grande surprise des Japonais, les bombardiers qu’ils voient arriver volent trop haut pour une attaque à la torpille et trop bas pour un bombardement en piqué. Comme la plupart des pilotes ont une instruction insuffisante sur Dauntless, Henderson a décidé d’effectuer une attaque en semi-piqué depuis une altitude de 1 200 mètres. Une dizaine de Zéro se présente à leur rencontre, mais l’artillerie antiaérienne se déchaîne. L’appareil de Henderson encaisse plusieurs impacts et son aile gauche prend feu. Il tente de maintenir l’appareil en ligne de vol pour ne pas disloquer sa formation. Il n’y parvient pas et s’abîme en mer. Le Glidden. qui prend la tête de la formation, cherche refuge dans une couche nuageuse, sans pour autant que les Zéro n’abandonnent la poursuite.
Sortant des nuages, Glidden aperçoit un porte-avions 600 mètres plus bas. Les avions piquent jusqu’à une altitude de 150 mètres pour lancer leur bombe de 500 livres et s’enfuient au ras des vagues, pourchassés par les Zéro. Les huit survivants se posent comme ils peuvent sur la piste de Sand Island; six seront ferraillés par la suite. Les mécaniciens dénombreront 259 impacts sur l’avion du Lieutenant Daniel Iverson ! Les mitrailleurs arrière sont crédités de la destruction de quatre chasseurs japonais, deux autres leur étant comptés comme probables.
08h20 — L’attaque des Vindicator
Le Lieutenant George Lumpkin. qui vole en n° 2 derrière Norris, décrit l’attaque :
« Le Major Norris commença immédiatement son piqué depuis 4 000 m. Le piqué était fort peu accentué et mon tachymètre indiquait 430 km/h. Nous traversâmes la couche nuageuse. Je volais comme n° 2 du Major Norris et j’émergeai des nuages sur le flanc bâbord d’un gros cuirassé. Le Major Norris bascula aussitôt sur la droite dans un piqué très accentué. Le Lieutenant Campion, qui était n° 3. le suivit et, moi, je piquai en troisième position. La DCA du cuirassé japonaise était assez précise En fait, I ‘air était tant agité par les explosions qu’il était pratiquement impossible de tenir le taxi dans un piqué à la verticale. Le cuirassé jap zigzaguait frénétiquement Je tentai de lancer ma bombe, mais le mécanisme ne fonctionna pas. Je redressai et mis le cap légèrement vers le sud afin d’éviter de passer trop près d ‘un transport japonais qui suivait le cuirassé. ils me tiraient toujours dessus, probablement avec des obus de 71 »
Un autre pilote, le Lieutenant Cununings, raconte la suite des événements :
« En raison des chasseurs japs Zéro qui m’entouraient, je n’ai pas vu le résultat de mon attaque. Pendant les 15 minutes suivantes, je n’ai rien eu d ‘autre à faite que d ‘essayer de me débarrasser de cinq chasseurs qui concentraient leurs tirs sur mot Dans ce petit jeu du chat et de la souris, qui était en fait mon initiation à la vraie guerre, mon avion a été pratiquement mis en pièces. J’ai finalement réussi à m ‘échapper dans un nuage. Je suis rentré à Midway en braquant mon gouvernail à fond à gauche, mon aileron droit et mes élévateurs étaient hors d’usage et mes instruments fracassés. À 8 km de Midway, je suis tombé en panne d’essence et j’ai dû amerrir en urgence. »
Ainsi s’achéve l’attaque matinale des avions de Midway. Sur les 37 appareils engagés, pas moins de 18 ont été abattus, 50% de pertes, pour des résultats négligeables. Mais le bain de sang est loin d’être terminé pour les Américains Le massacre des avions torpilleurs …

09h38
Préoccupé par l’absence de l’escorte de chasse promise, Lindsey aperçoit de la fumée sur sa droite à 9h30. En s’approchant, il constate que les navires japonais ont effectué un arc de cercle de 270′ et que les trois porte-avions se trouvent éparpillés au centre du dispositif. Visiblement. ils viennent de subir une attaque à la torpille. Lindsey essaie d’entrer en contact avec McClusky, mais également en vain. N’ayant plus de carburant à gaspiller, Lindsey décide d’attaquer tout de suite. Il choisit le porte-avions le plus proche. le Kaga. Le Lieutenant Art Ely reçoit l’ordre de continuer tout droit avec sa section, tandis que Lindsey et la sienne effectuent un large arc de cercle pour prendre le porte-avions en tenaille.
À 9h38, les vigies japonaises aperçoivent les avions. À ce moment. 25 chasseurs sont en patrouille, la plupart à basse altitude. Le Torre tire une salve de sa tourelle principale dans la direction des avions américains pour avertir les Zéro. À 9h45. six nouveaux chasseurs décollent des Akagi et Kaga.
Les chasseurs japonais coordonnent leurs attaques d’une manière froide et efficace, prenant systématiquement les torpilleurs en ciseaux sous plusieurs angles. Dès qu’un Zéro a attiré à lui le feu du mitrailleur arrière, il dégage pour laisser sa place à un autre zéro arrivant sous un autre angle. Les chasseurs assurent leur visée avec leurs mitrailleuses de 7,7 mm et quand ils notent des coups au but, ils ouvrent le feu avec leurs canons de 20 mm. Le résultat est dévastateur. En quelques minutes. cinq des sept avions torpilleurs de la section d’Ely sont descendus. Les deux derniers, réussissent à lancer leur torpille.

Les choses sont à peine meilleures pour la section de Lindsey. Celle-ci a fini par rejoindre le Kaga et Lindsey a viré vers le nord-est pour entreprendre son attaque. Quelques Zéro se présentent. suivis par de nombreux autres, jusqu’à ce que les américains soient entourés d’une nuée de chasseurs venus pour la curée. Lindsey appelle désespérément les chasseurs de Gray à la rescousse, mais il ne reçoit aucune réponse..Quatre des sept Dévastators, dont celui de Lindsey, percutent la mer.
10h15, les cinq survivants, éparpillés dans l’azur, s’échappent de l’enfer. Si quatre appareils sont à peu près en bon état et regagneront leur porte-avions, celui de Winchell perd son essence par les nombreux trous pratiqués par les Japonais. Cinquante kilomètres plus loin, le moteur s’arrête. Winchell et son mitrailleur sauvent tout qu’ils peuvent (trois gourdes d’eau, quatre boites de « singe », deux paquets de tablettes de lait malté et deux barres de chocolat) avant de grimper dans le canot de sauvetage. Ils ont été hien inspirés car ils y resteront dix-sept jours avant d’être recueillis
Il est 10h40 lorsque le dernier TBD s’échappe de l’enfer. En une heure, sur les 41 torpilleurs qui sont venus buter sur les défenses japonais, pas moins de 34 ont été descendus en flammes à proximité de l’escadre de Nagumo. Tout cela pour rien !
Sacrifice inutile ? Pas tant que cela…
Gay, le seul survivant de son escadrille…

Le Captain R.A. Ofstie, officier de renseignements de la flotte du Pacifique, a recueilli son rapport alors que Gay (seul rescapé de son escadrille)se trouvait à l’hôpital naval de Pearl Harbor, trois jours après les événements.
Des chasseurs japonais Zéro ont commencé leur attaque depuis une distance de 16 000 mètres environ. Ils ont effectué une succession de piqués, visant en priorité le leader. Le commandant d’escadrille Waldron a été abattu très tôt au cours de l’engagement et d’autres ont suivi dans un laps de temps très court En approchant de la cible, le mitrailleur de Gay lui a signalé qu’il avait été blessé.
L’approche s’est faite de l’est sur la proue du porte-avions. Gay a noté que le navire était en train de virer dans sa direction et il a dû dévier sa trajectoire vers le nord pour revenir sur l’autre bord et il a lancé sa torpille à environ 800 mètres. Il a ensuite redressé par-dessus la proue du porte-avions et a viré brutalement dans son sillage. Les canons antiaériens lourds ne l’ont pas touché. Il a été abattu par un chasseur Zéro peu après avoir dépassé la poupe. Un obus explosif (probablement de 20 mm) a emporté le côté gauche de son palonnier, le brûlant superficiellement à la jambe gauche et il a reçu une balle (probablement de 7,7 mm) dans le bras gauche et un éclat est venu se loger dans la main gauche. Il a réussi à effec tuer un assez bon amerrissage. Ceci s’est passé à environ 11 heures locales.

L’avion s’est rapidement enfoncé après l’amerrissage, ne laissant que l’empennage hors de l’eau. Gay n’a pas pu sortir son radio avant que l’avion finisse par être englouti.
Le sac contenant le canot pneumatique flottait librement, avec le coussin noir de la soute. Le pilote a gonflé son gilet, s’est accroché au sac et s’est caché sous le coussin pour éviter d’être repéré par les Japs. Plusieurs navires ennemis sont ensuite passés très près de lui et il a fait très attention à ne pas ètre vu. Peu de temps après, peut-être 10 à 20 minutes,
nos bombardiers en piqué sont arrivés et ont plombé les porte-avions . Gay a eu l’impression qu’un certain nombre de nos pilotes n’utilisaient pas leurs freins de piqué, pour preuve leur vitesse très élevée en piqué et lors de leur manoeuvre de dégagement. Les porte-avions ont immédiatement commencé à manoeuvrer dans toutes les directions. Des coups au but sur des bâtiments ont déclenché de violents Incendies, avec une épaisse fumée montant très haut au-dessus des navires, avec des flammes au sommet entretenues par de nouvelles explosions internes Après la fin de l’attaque, un porte-avions a continué à brûler très fort, les incendies se propageant graduelle ent sur toute la longueur du navire, sauf sur une petite surface de la poupe.
Un peu plus tard dans l’après-midi, un croiseur a apparemment essayé d’accoster le long du porte-avions mais n’a pas semblé y parvenir. Il s’est alors tenu à l’écart et a ouvert le feu, probablement sur le porte-avions. Plus tard, avant la nuit, un destroyer a réussi à accoster, probablement pour recueillir l’équipage.
Pendant cette période, des avions volaient en rond, cherchant manifestement à apponter. Ils disparaissaient pendant un court moment puis revenaient. Aucune indication de ce qu’il leur est arrivé.
Juste avant la nuit, toujours à proximité des navires japonais, l’Ensign Gay a gonflé son canot. Pendant la nuit, il a observé plusieurs halos de lumière vers le nord qu’il a pensé être des projecteurs des navires de soutien à la recherche de naufragés. Peu avant l’aube, il a entendu trois énormes explosions en rapide succession .
Le lendemain matin, l’un de nos avions en patrouille l’a survolé. Apercevant son canot, il lui a fait signe et a poursuivi sa mission. Il est revenu par la suite, a amerri et a recueilli Gay. Le pilote du patrouilleur a déclaré qu’il n’avait vu aucun navire pendant sa mission, ni de canots jaunes [donc américains à l’exception de celui de Gay. Cependant, l’océan était jonché de canots noirs japonais, probablement ceux utilisés par les Japonais quand ils ont abandonné leurs navires. Il y avait aussi beaucoup de débris et de mazout flottant à la surface.
Chasseurs Wildcat contre chasseurs Zéro

Thach , commandant la VF-3, a organisé la protection de la vague d’assaut du Yorktown.
Dès que le Chilcuma indique aux Zéro d’où arrivent les nouveaux assaillants, les chasseurs japonais se ruent en priorité sur la section de Thach avec deux énormes avantages : la supériorité numérique et la supériorité d’altitude. La première réaction de Thach est de piquer pour augmenter sa vitesse et se rapprocher des avions torpilleurs Dès le début de la manoeuvre, un Zéro se glisse sous le ventre du F4F qui ferme la marche et l’envoie en flammes percuter la mer.
Thach descend jusqu’à 900 mètres où il se rend compte qu’ils vont tous y passer s’il n’organise pas la défense. Une quinzaine de Zéro se tient au-dessus des F4F. Ceux-ci évoluent en file indienne, avec Thach devant. Toutes les 15 à 20 secondes, un Japonais plonge pleins gaz et ouvre le feu pour tenter de disloquer le dispositif. Thach sait que la seule chance de s’en sortir est de maintenir la formation et de contrer les attaques. Dès qu’un Zéro pique. il vire dans le sens de l’attaque, obligeant le pilote japonais à une visée difficile avec correction maximale. Aussi efficace cette tactique est-elle sur le plan défensif, elle n’offre aucune possibilité de rendre les coups. Thach décide alors de virer dans le sens opposé à l’attaque, puis d effectuer un rapide 180 afin de pouvoir tirer une courte rafale sur le Zéro lorsque celui-ci repart en chandelle. Au cours de l’une de ces manoeuvres, le pilote japonais commet l’erreur de laisser chuter les tours en redressant, s’offrant comme cible à bout portant; le Mitsubishi décroche brutalement et bascule vers la mer.

Les Américains parviennent, dans une certaine mesure, à redresser la situation en leur faveur. Thach réussit à abattre deux Zéro et son ailier un troisième, rendant les autres plus prudents. Toutefois, en obligeant les chasseurs américains à lutter pour leur survie, les Japonais les ont empêchés de mener à bien leur mission qui est de protéger les torpilleurs.
Pour escorter les torpilleurs, il ne reste que les deux F4F de la première section. Cheek aperçoit deux Zéro menacer les torpilleurs par leur droite. L’un d’eux lui coupe brutalement la route. Il le suit, mais au moment où il se place en position de tir, les mitrailleurs arrière des avions torpilleurs font mouche avant lui et incendient l’avion japonais. Au moment où il redresse, Cheek aperçoit un Zéro sur ses arrières. Cependant, son ailier qui n’a pas quitté son leader d’une semelle parvient à le mettre en fuite.
A peine remis de ses émotions, Cheek se rend compte que les avions torpilleurs ont traversé la couche nuageuse pour commencer leur attaque. Leur formation est presque intacte, à l’exception du dernier appareil qui est en train de tomber en flammes, abandonnant derrière lui un parachute déployé. Cheek plonge à travers les nuages, suivi comme son ombre par Sheedy. Toutefois, ce dernier est surpris par un chasseur japonais qui le blesse à l’épaule et la cheville droites et détruit la quasi totalité de son tableau de bord. Profitant de la proximité des nuages, Sheedy sème son poursuivant.
Quand il émerge des nuages, Cheek se retrouve littéralement cerné par les Japonais. Il met de nombreux coups au but sur l’un d’eux au cours d’une passe frontale, bascule sur sa gauche, endommage un second par plein travers et plonge à l’abri des nuages. Continuant à manœuvrer dans les nuages pour tromper d’éventuels poursuivants, il émerge à la base pour se retrouver tout seul au beau milieu de l’escadre japonaise. Pensant qu’il est temps de songer à rentrer à la maison, Cheek rase les flots tout en zigzaguant pour leurrer les servants de DCA et met le cap sur le Yorktown.
Sheedy sort des nuages avec quatre Zéro fermement
accrochés à ses basques. Blessé, avec un appareil en piteux état, il ne peut pas imaginer d’autre scénario que la fuite. Il pique pour augmenter sa vitesse et, au ras de l’eau, il se retrouve nez à nez avec un chasseur japonais. Les deux appareils ouvrent le feu et dégagent au dernier instant. Cependant. le Japonais accroche la surface de l’eau avec l’extrémité de son aile et part en soleil. En se retournant pour voir le Zéro se désintégrer au contact de la mer, Sheedy se rend compte avec soulagement que les autres ont abandonné la poursuite. Il ne lui reste plus qu’à prier que son avion tienne le coup jusqu’au Yorktown
Les conditions dans lesquelle ce combat s’est déroulé rendent Thach si amer qu’il ne parvient pas à cacher sa colère dans la rubrique « remarques » de son compte rendu de mission (les mots en gras sont soulignés dans le document original) : « Six avions F4F-4 ne peuvent empêcher 20 ou 30 chasseurs japonais d’abattre nos lents avions-torpilleurs. Il est d’ailleurs surprenant que certains en soient revenus vivants. La quelconque réussite de nos pilotes de chasse contre le chasseur japonais Zéro ne peut en aucun cas être imputée aux performances des avions que nous pilotons mais sont le résultat de la piètre précision de tir des Japonais, des erreurs stupides faites par quelques-uns de leurs pilotes et de la précision de tir supérieure et du travail d’équipe de nos pilotes. La seule façon d’encadrer un chasseur Zéro dans le collimateur est de l’amener à redresser devant un F4F ou de l’abattre alors qu’il est occupé à tirer sur l’un de nos avions. Le F4F est pitoyablement inférieur en chandelle, maniabilité et vitesse. Le soussigné a piloté un F4F sans blindage ni réservoirs auto-obturants. La dépose de ces protections essentielles n’améliore pas les performances du F4F de manière suffisante pour combler l’écart avec les performances du chasseur Zéro. Non seulement cette sérieuse déficience empêche nos pilotes d’accomplir pleinement leur mission, mais elle a également un effet certain et inquiétant sur le moral de la plupart de nos pilotes de chasse embarqués. Si nous voulons maintenir nos porte-avions en état, nous devons à tout prix nous procurer un avion de chasse supérieur au Zéro japonais, tout au moins en ce qui concerne la vitesse ascensionnelle et en palier; sinon en maniabilité. »
Il faut assurément être une personnalité respectée par sa hiérarchie pour s’autoriser de tels commentaires dans un rapport officiel, Deux minutes fatales Quand les derniers torpilleurs américains s’éloignent. Nagumo pense que le plus dur est fait. Les Américains se sont acharnés pendant trois heures sur son escadre et ses précieux porte-avions sont toujours intacts. Pourtant, leur belle ordonnance du début a été sérieusement perturbée par les manoeuvres d’évitement des torpilles. Les quatre porte-avions naviguent sur une ligne brisée s’étirant approximativement du sud-ouest au nord-ouest.
Après avoir récupéré les avions revenus de Midway à 9h38, les Japonais travaillent avec frénésie pour armer leur groupe d’attaque. Toutefois, comme il faut laisser apponter, ravitailler et faire à nouveau décoller les Zéro en couverture de la flotte, l’heure du lancement de la vague d’assaut doit être repoussée. À 10h20, sous le parapluie aérien de 44 Zéro, Nagumo se prépare à lancer ses avions contre les porte-avions américains.
Or, les Japonais vont commettre une énorme erreur. Au lieu de prélever la vague d’attaque sur seulement deux porte-avions, pour permettre aux deux autres de prendre soin des chasseurs du parapluie aérien, ils vont la prélever sur les quatre porte-avions. En attendant, les pilotes de chasse japonais exultent. En trois heures, ils ont abattu 158 avions américains, tous entre le niveau de la mer et 900 mètres d’altitude. Ce détail a son importance, car si l’heure n’est pas au doute, une trop grande assurance entraîne souvent de graves négligences. 10h02 — Les déductions de McClusky
Recherche escadre japonaise désespérément. McClusky, à la tête des escadrilles de I’ Enterprise (31 Dauntless en tout), a calculé qu’il doit tomber sur l’escadre japonaise à 9h20. Mais à l’heure dite, elle n’est pas au rendez-vous et McClusky commence à se poser des questions :
« Parvenu au point estimé de contact, la mer était vide. Pas un bâtiment jap en vue. Un coup d’oeil rapide à ma carte m’a convaincu que je n’avais pas dévié. Qu’est-ce qui se passait ? Avec cette visibilité, il était certain que nous n’étions pas passés sans les voir. En tablant sur leur vitesse maximale de 25 noeuds. j’étais certain qu’ils ne pouvaient pas être dans mon demi-cercle gauche, c’est-à-dire entre ma position et l’île de Midway Alors, ils devaient se trouver dans le demi-cercle droit après avoir changé de cap vers l’est ou l’ouest ou, plus probablement, fait demi-tour. Pour tabler sur un possible virage vers l’ouest, j’ai décidé de voler vers l’ouest pendant 56 km, puis de virer vers le nord-ouest exactement à l’inverse de la manoeuvre japonaise. Après avoir pris cette décision, mon souci suivant était de savoir jusqu’où nous pourrions aller. Nous avions grimpé, lourdement chargés, à une haute altitude. Je savais que les avions qui me suivaient utilisaient probablement plus d’essence que moi. Alors, après un autre calcul rapide, j’ai décidé de maintenir le cap jusqu’à 10h00, puis de virer vers le nord-est avant de prendre la décision finale de mettre un terme à la pour suite et de rentrer. »
Au moment où il finit par douter de ses propres conclusions, à 09h55, le destin place sur sa route un superbe poteau indicateur : le destroyer Arashi.
À 08h25, le sous-marin Nautilus a tenté de torpiller sans succès un cuirassé japonais. Nagumo a détaché l’Arashi pour s’occuper du submersible américain au moment où lui-même met le cap au nord. Lorsqu’il est survolé par McClusky, Arashi, qui a perdu le contact avec le Nautilus, fait route à pleine vitesse vers le nord pour rattraper l’escadre. McClusky n’a aucun doute : le commandant du destroyer et lui-même ont bien la même intention, rejoindre Nagumo. Pas pour les mêmes raisons, bien évidemment !
Il est 10h02 quand McClusky envoie le message suivant :
« Ici McClusky, ai repéré l’ennemi.»
10h22 McClusky attaque le Kaga
« Il était 10h22 quand j’ai commencé l’attaque, partant en demi-tonneau pour piquer à un angle de 70°. A peu près à mi-chemin, la DCA à commencé sa danse, notre approche jusque là ayant dû être une totale surprise. Alors que nous arrivions à notre altitude de lancement, la chance s’est mise à nouveau de notre côté. Le pont des deux porte-avions ennemis étaient bondés des avions qui revenaient de leur raid sur Midway. Par la suite, on a appris qu’au moment où nous avions découvert la force japonaise un hydravion ennemi avait repéré nos propres forces. Apparemment. les avions sur le pont étaient en train d’être ravitaillés pour un raid contre nos porte-avions. […] « Entre-temps, nos bombes faisaient mouche. J’ai redressé à la hauteur des mâts, trouvé l’ouverture dans leur écran de défense et plongé au ras des flots, m’imaginant que tout tir dirigé contre moi serait aussi dirigé contre leurs propres vaisseaux. Leur DCA devait être sacrément occupée ailleurs, parce que j’ai traversé leur écran avant d’avoir noté des éclats derrière moi. Avec la manette des gaz pratiquement encastrée dans le tableau de bord, j’ai eu la chance d’éviter le contact avec la mort en changeant d’altitude et en zigzaguant sans arrêt « Ce ne fut pas trop compliqué de trouver le cap de retour et, quand j’ai levé la tête de mes cartes, des traçantes ont frappé l’eau tout autour de l’avion. Presque tout de suite après, mon mitrailleur arrière, Chochalousek, a ouvert le feu. Puis, un Zéro jap m’a dépassé plein pot. Un coup d’œil furtif m’a fait découvrir un autre Zéro derrière, au‑dessus et sur la gauche, prêt à attaquer. Restant à 6 mètres au-dessus de l’eau, j’ai attendu que l’assaillant entame sa passe en piqué, puis j’ai brutalement viré dans sa direction. Non seulement, cela l’a obligé à effectuer une importante correction de tir, mais cela a donné plus de champ à mon mitrailleur. Il s’en est suivi une poursuite de cinq minutes environ avec d’abord un Zéro attaquant par la droite, puis un second par la gauche. Chaque fois, je répétais la même manoeuvre et Chochalousek tirait constamment. Tout à coup, une rafale d’un Jap a semblé engloutir tout l’avion. Le côté gauche de mon habitacle était fracassé et j’ai cru que mon épaule gauche avait été écrasée par un marteau-pilon. Sans aucun doute, la fin était proche. Après deux ou trois secondes, je me suis rendu compte qu’il n:v avait plus aucun bruit à l’exception du ronronnement du moteur du vieux Dauntless. Attrapant l’interphone j ‘ai appelé C’hochalousek, mais je n’ai pas eu de réponse. J’avais du mal à me retourner avec la douleur qui me paralysait l’épaule et le bras gauches. mais j’ai fini par y arriver et j’ai aperçu le mitrailleur regardant droit devant lui, armes intactes et prêtes à ouvrir le feu. Il avait abattu l’un des deux Zéro (probablement celui qui nous avait touchés) et l’autre avait décidé de laisser tomber. Nous avons découvert que notre appareil avait été atteint à 55 reprises. »
À cinq secondes d’intervalle, les 28 Dauntless piquent sur les porte-avions japonais. Les vigies les repèrent beaucoup trop tard Le Kaga parvient à éviter les trois premières bombes. Mais pas la quatrième. La bombe du Lieutenant Gallaher pénètre par le pont arrière dans le hangar et explose au milieu des avions qui y sont parqués. L’essence se répand partout et un gigantesque incendie éclate en quelques secondes. il se communique en quelques secondes aux torpilles et bombes bien imprudemment stockés à même le hangar.
En voyant le résultat de l’attaque Kleiss, qui suit, choisit de déposer son oeuf au milieu de l’énorme soleil rouge peint sur l’avant du pont. La bombe explose devant l’ascenseur. Derrière Kleiss, Dexter se montre tout aussi adroit en visant le flanc tribord juste en avant du château. La chance veut que sa bombe touche de plein fouet une citerne mobile qui explose aussitôt en projetant de l’essence enflammée sur tout le château. Le commandant du porte-avions Okada et une grande partie de son état-major sont tués sur le coup. Une quatrième bombe, celle de Dickinson, fait mouche en plein centre du pont. Quand le dernier Dauntless redresse, le Kaga n’est plus qu’un véritable brûlot flottant ravagé par de violents incendie de la proue à la poupe.
En redressant de leur piqué, McClusky et ses dautless tombent sur une formation de Zéro. Les premiers passent à travers. mais les suivants sont attendus au moment où ils effectuent leur ressource, sans avoir le temps de se remettre en formation. Toutefois, la plupart des chasseurs japonais sont à court d’obus de 20 mm et comme les Dauntless sont allégés de leur bombe et de 880 litres d’essence sur les 1 150 chargés au décollage, ils se révèlent une proie difficile à abattre. D’une manière très surprenante, aucun Dauntless ne sera abattu par les Zéro et les 27 survivants (un seul ayant été abattu par la DCA pendant l’attaque) s’échappent définitivement à 10h45.
Leur calvaire n’est pourtant pas terminé, moins de la moitié ayant assez d’essence pour regagner les portes avions ! En cent vingt secondes, Nagumo vient de perdre les trois quarts de sa force offensive. Fuchida, monté sur le pont de l’Akagi, n’a jamais oublié ces deux minutes fatales :
L’officier du pont abaissa un drapeau blanc et le premier Zéro prit de la vitesse et s’élança. A cet instant, une vigie cria . Je levai les yeux et aperçus trois avions ennemis noirs en train de piquer sur notre navire. Des mitrailleurs parvinrent à lâcher quelques rafales frénétiques, mais il était trop tard. Les silhouettes rondelettes des bombardiers américains Dauntless grossirent rapidement. puis un certain nombre d’objets noirs se mirent à flotter d’une manière inquiétante sous leurs ailes. Des bombes ! Elles venaient droit sur moi ! Je me jetai sans réfléchir à plat ventre sur le pont et rampai à l’abri d’une plaque de protection d’un poste de commandement.
Le hurlement terrifiant des bombardiers en piqué m’arriva en premier aux oreilles, suivi par le déchirement d’une bombe explosant au but. Il y eut un éclair aveuglant, puis une seconde explosion beaucoup plus forte que la première. Je fus secoué par un terrible souffle de vent chaud. Il y eut encore un autre choc, mais moins sévère, apparemment un coup à côté. Puis un étrange calme revint. Les canons avaient cessé de tirer Je me relevai a regardai le ciel. Les avions ennemis étaient déjà hors de vue. » Le Yorktown est attaqué à 11h52, le radar du Yorktown a acquis un contact à 50 km au sud-ouest, se rapprochant à grande vitesse à basse altitude. Toutes les opérations en cours sont suspendues, tandis que l’équipage ferme les portes étanches. Quelques instants plus tard, le commandant Buckmaster pousse les chaudières à 30 noeuds.
Quand la formation japonaise prend de l’altitude, les Américains comprennent qu’ils ont affaire à des bombardiers en piqué. À 11h58, les douze chasseurs Wildcat en couverture sont dirigés vers les intrus. Les Japonais sont encore à une vingtaine de kilomètres quand les Wildcat engagent le combat. McCuskey (à gauche) fonce littéralement « dans le tas » de front, traversant la formation japonaise qui, surprise par la violence de l’attaque, s’égaille dans le ciel. La suite se transforme en une mêlée très confuse avec, comme le note le commandant Buckmaster, de nombreux avions [qui] tombent dans toutes les directions, beaucoup en flammes.
Finalement, huit « Val » parviennent à s’échapper. L’un d’entre eux explose sous l’effet d’un coup direct de DCA au moment où il entame son piqué, mais les autres attaquent. Un bombardier est littéralement découpé en trois morceaux pendant son piqué. Toutefois, sa bombe de 250 kg, libérée par le choc, tombe… en plein centre du pont d’envol. explose à l’impact et creuse un trou de 4 mètres de diamètre, tuant ou blessant tous les servants d’un Biffa quadruple derrière le château.
Le « Val » suivant est également haché menu par la DCA, sa bombe s’abîmant dans l’eau. En revanche, celle lancée par le premier maitre Nakazawa traverse le pont d’envol en avant du château, pénètre dans le pont inférieur et explose près de la chambre des machines, mettant deux des huit chaudières hors d’usage. Le souffle éteint cinq autres chaudières coupant toute force motrice au Yorktown. Si les deux pilotes suivants ratent leur cible, il n’en est pas de même pour le premier maître Nakagawa qui plante sa bombe sur le côté droit de l’ascenseur n° 1. En explosant dans la cage, elle cause de gros dégâts matériels

Seuls cinq « Val » réussissent à s’échapper, mais Kobayashi a d’excellentes nouvelles pour l’amiral Yamaguchi. Compte-tenu de l’état dans lequel il a laissé le porte-avions américain, en feu et machines arrêtées, il est certain qu’il est condamné. Ce n’est pourtant pas tout à fait le cas. Si l’amiral Fletcher estime préférable de transférer son pavillon sur le croiseur Astoria, le pont d’envol est sommairement, mais rapidement, réparé et les machines sont relancées en début d’après-midi.
Évidemment, pour les avions qui tournent autour de la Task Force, il n’est plus question d’apponter sur le Yorktown. Sheedy qui a été blessé dans les combats du matin, se pose sur le Hornet à 12h29, mais son touché est si brutal que les armes de bord se déclenchent de manière intempestive et fauchent 34 hommes, dont 5 sont tués sur le coup. Son Wildcat est balancé par-dessus bord pour permettre à six autres de se poser à leur tour.
14h40 – L’attaque de Tomonaga
Raclant les fonds de tiroir, Yamaguchi envoie tout ce qu’il a sous la main : 16 avions sous les ordres du lieutenant de vaisseau Tomonaga qui s’est porté volontaire pour conduire l’attaque, bien qu’il sache qu’il n’a aucune chance de revenir puisque le réservoir de son appareil est percé. Il réunit ses équipages. Parmi ceux-ci se trouve le premier maître Kanasawa :
« Tandis que les moteurs étaient mis en route, les équipages se regroupèrent pour écouter les instructions et se soutenir mutuellement. Le capitaine Tomonaga dit simplement : « Ne soyez pas inquiets. Rappelez-vous que la mort peut survenir à tout moment. Aucun de nous n’est indispensable. Les difficultés viendront après. Le moment est venu de faire votre devoir « . Quand le commandant s’adressa à nous, il termina son petit discours par « adieu  » et non « bonne chance « . Le capitaine Tomonaga, qui allait mener la formation à l’attaque, nous dit : « Vous, les gars, vous devez me coller au train jusqu’à ce que vous entendiez le signal « .
« Avant même que le signal du décollage fût donné, craignant une nouvelle attaque de l’ennemi, l’appareil de tête s’était déjà envolé. En tout, dix bombardiers-torpilleurs et six chasseurs d’escorte prirent l’air. Aucun d’entre nous n’avait jamais rencontré la flotte américaine en mer avant. On se demandait comment ça allait se passer.»
À 13h55, le radar du Yorktown, qui vient juste d’être remis en état, repère l’écho des avions japonais. C’est aussitôt le branle-bas de combat.
Neuf avions japonais se faufilent en direction du porte-avions. À moins de 15 mètres au-dessus des vagues, ils zigzaguent sans arrêt pour leurrer la DCA Un correspondant de guerre américain notera que leur détermination frisait le fanatisme. Mais Thach et ses pilotes ont aussi de la détermination à revendre. Sans se préoccuper de leur propre DCA, ils foncent dans le tas.
Kanasawa a les yeux fixés sur la dérive rouge et jaune de l’avion de Tomonaga :
« Comme on ne voyait toujours pas de chasseurs, nous nous élançâmes sur le côté babord; j’avais toujours considéré que c’était le meilleur angle d’attaque. Mais nos avions torpilleurs fonçaient droit sur le porte-avions de tous les côtés. Par deux fois, il y eut de grandes gerbes d’eau, sans doute provoquées par nos propres avions s ‘écrasant, mais ce n’était pas le moment de s’attarder à contempler Maintenant, le porte-avions ennemi était devant nous…
« Juste devant moi, l’empennage jaune de l’appareil de notre chef fut englouti dans les flammes et se détacha du fuselage. L’appareil enflammes passa au-dessus du pont du porte-avions avant d’exploser et de se désintégrer. Des larmes obscurcirent ma vision.»
Un équipier de Kanasawa relate les derniers instants de son capitaine :
«Je suivis des yeux son avion, avec son empennage jaune si facilement reconnaissable, lorsqu’il traversa l’un des barrages antiaériens les plus terribles que j’aie jamais vus. Il lança sa torpille et l ‘instant d’après son avion se désintégra. Son attaque sur le porte-avions, face à un tel tir de barrage, ressemblait à un écrasement volontaire. »
Toutefois, il est plus probable que Tomonaga soit tombé victime des F4F et même de Thach :
« J’ai aperçu un Nakajima avec un insigne rouge vif en forme de plumes sur sa queue qu’aucun aune appareil japonais n’avait, et j’ai fait une bonne approche sur son flanc et je l’ai mis en feu. Toute l’aile gauche brûlait et je pouvais apercevoir les nervures à travers les flammes. […] C’était un pilote de torpilleur chevronné. Bien qu’il ait été quasiment abattu, il a continué et a lancé sa torpille. À cet instant, tout l’avion était en feu, le revêtement des deux ailes avait été consommé, il ne restait plus que les longerons. Je le regardais de dessus. Il devait encore avoir un peu de revêtement sous les ailes pour le maintenir en vol, mais il perdait de la hauteur et il tomba dans l’eau très près du navire. 14h46 — Le Yorktown est à nouveau touché
Avec ses 19 noeuds. le Yorktown ne peut éviter la salve de torpilles qui file sur lui. À 14h46, une première torpille l’atteint à babord, à cinq mètres sous la ligne de flottaison. En quelques secondes, le porte-avions prend une gite de 6°. Une minute plus tard, une seconde torpille endommage le gouvernail et coupe toute l’alimentation électrique. En quelques minutes, le Yorktown se retrouve à nouveau à l’arrêt complet. La gite atteint rapidement 26°. Craignant qu’il ne se retourne, le commandant Buckrnaster donne l’ordre d’évacuation.

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Publié 1, juin 18, 2012 par NOUNOURS dans Uncategorized

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