La grotte de Lascaux   4 comments

La découverte de Lascaux en 1940 a ouvert une nouvelle page dans la connaissance de l’art préhistorique et de nos origines. Œuvre monumentale, la grotte continue de nourrir l’imaginaire collectif et d’émouvoir les nouvelles générations du monde entier.

C’est à ce haut lieu de la Préhistoire qu’est dédiée la nouvelle publication multimédia du ministère de la Culture et de la Communication, publication qui réactualise autant la forme que le contenu scientifique de ce site mis en ligne en 1998, à la lumière des dernières avancées de la recherche archéologique.

Au delà de l’émotion et à la lumière des recherches les plus récentes, le site internet est destiné à faire comprendre les secrets des artistes qui ont peint et gravé le bestiaire de Lascaux il y a 19000 ans et à présenter les orientations actuelles de la recherche scientifique sur les grottes ornées. La vallée de la Vézère
Dans sa composante sédimentaire, le bassin versant de la Vézère recouvre le quart sud-est du département de la Dordogne, région septentrionale du Périgord Noir. La rivière coule du nord-est au sud-ouest avant de confluer avec la Dordogne, près de Limeuil. Dans la partie centrale, son cours est marqué par une succession de méandres bordés de hautes corniches calcaires qui déterminent le paysage. En amont de ce modelé encaissé, aux environs de Lascaux, près de Montignac, le relief s’adoucit sensiblement pour laisser place à un fond de vallée plus large, aux rives dépourvues d’abrupts.

La colline de Lascaux se situe quelque peu à l’écart des grandes concentrations en grottes ornées et sites d’habitats mis au jour dans la partie aval de la Vézère. Autour de la petite localité des Eyzies-de-Tayac Sireuil, on ne compte pas moins de 37 grottes et abris ornés, ainsi qu’un nombre beaucoup plus élevé de sites d’habitats du Paléolithique supérieur, implantés en plein air, sous abris ou à l’entrée des cavités karstiques. C’est la plus forte densité d’Europe occidentale. Le contexte archéologique Le Périgord a conservé des témoignages archéologiques très anciens, s’étendant sur près de 350 000 ans. La densité en gisements préhistoriques est telle que l’abbé Breuil se plaisait à dire que dans cette vallée il n’y a guère que deux gisements, celui de la rive gauche et celui de la rive droite.

Les principaux sites de la préhistoire s’égrainent le long de la Vézère : La Madeleine, Le Moustier, La Micoque, Tayac. Ils donnèrent respectivement leur nom aux cultures matérielles du Magdalénien, du Moustérien, du Micoquien, du Tayacien et au-delà, du Périgordien.

D’autres sites marquèrent la recherche archéologique, notamment Laugerie-Haute et la Ferrassie qui, avec la Madeleine, permirent d’établir l’intégralité de la chronologie du Paléolithique supérieur. De nos jours, ils servent encore de référence pour toute étude sur cette période.

Pourquoi une telle concentration, non seulement en sites d’habitat, mais aussi en grottes et abris ornés ? La réponse peut être en partie donnée par la géologie. En effet, la conjonction de conditions spécifiques joua un rôle important dans ce contexte, tant sur le plan des modalités d’implantation des populations préhistoriques que sur le potentiel conservatoire du milieu physique Le contexte géologique
Les falaises du Périgord et surtout celles de la vallée de la Vézère correspondent aux étages géologiques du Coniacien supérieur et d’une partie du Santonien inférieur.

Deux phénomènes géologiques, liés au creusement naturel de la roche, ont profondément marqué ce territoire, à l’origine de la formation d’abris, d’une part, et de grottes, d’autre part.

La base de cette formation présente un niveau très poreux, ce qui a généré un creusement plus intense de la paroi par alternance des actions du gel et du dégel. Il en résulte la formation d’une longue incision sub-horizontale des falaises, abris dont l’homme s’accommodera pour séjourner. Elle est présente dans toute la partie encaissée de la Vézère. En revanche, elle disparaît dans les affluents, comme la Beune, masquée par les dépôts holocènes de fond de vallée.

Au sommet de cet étage, on observa la présence d’un niveau fortement karstifié, à l’origine de la formation de très nombreuses grottes. Il regroupe près de 85% des cavités de la région où plus de 400 grottes ont été inventoriées. Dans la vallée de la Vézère, ces grottes sont soit perchées et difficilement accessibles, soit démantelées par l’érosion, caractères expliquant le peu de cavités recensées. En revanche, dans la Beune, affluent principal de la Vézère, le découpage en gradins de ces falaises facilite l’accès aux différents registres.

En Périgord noir, la répartition originale observée, des sites d’habitat d’une part, et des grottes ornées d’autre part — deux ensembles bien individualisés —, relève d’une conjonction de faits d’origine essentiellement géologique, liés à la formation des paysages, aux processus d’érosion des falaises et de comblement des fonds de vallées. La grotte de Lascaux
L’entrée de la grotte, à 185 m d’altitude, domine de 110 m le fond de la vallée. La cavité appartient au groupe des réseaux cutanés, c’est-à-dire au développement de direction sub-parallèle à l’axe principal de la vallée, ce qui rend très probable l’existence de plusieurs entrées.

Le développement total de l’ensemble des galeries accessibles à l’homme n’excède pas 235 m. Le sol de la cavité est en pente, avec une dénivellation de –13 m à l’extrémité du Diverticule axial et de -19 m au bas du Puits.

Traditionnellement, le découpage du sanctuaire s’effectue selon sept secteurs ornés, la Salle des Taureaux, le Diverticule axial, le Passage, la Nef, le Cabinet des Félins, l’Abside et le Puits. La déambulation dans ce milieu s’effectue selon trois axes. L’un associe la zone vestibulaire, la Salle des Taureaux et le Diverticule axial, l’autre, enchaîne le Passage, la Nef, la galerie du Mondmilch et le Diverticule des Félins. Le dernier enfin, parcourt le Puits et de la Grande Diaclase, au-delà, un important éboulis marque le carrefour avec la Salle ensablée. la salle des Taureaux
Les motifs pariétaux de la salle des Taureaux sont les plus imposants de l’art paléolithique. Cet ensemble regroupe 130 figures dont 36 représentations animales, une cinquantaine de signes géométriques, le reste étant des traces d’activité.
Trois thèmes animaliers composent ce vaste dispositif : le cheval, avec 17 individus, l’aurochs, onze vaches et taureaux et le cerf, six représentants. Ces thèmes se retrouveront de manière récurrente dans les différents espaces souterrains de ce sanctuaire. L’ours est exceptionnellement présent.
Pour en faciliter la lecture, cette composition est scindée en deux volets, celui de la paroi de gauche, appelé panneau de la Licorne, et celui de la paroi de droite, panneau Le Diverticule axial
Dans ce conduit long d’une trentaine de mètres, les figures se répartissent sur les deux parois. À droite, trois panneaux : le panneau des Chevaux chinois, le panneau de la Vache qui tombe, puis le panneau rouge, avec deux chevaux et un bison ; à gauche, le panneau des Vaches rouges, le panneau du grand Taureau noir, le panneau de l’Hémione et, au fond, le Locus du cheval renversé. Le décor regroupe 161 entités graphiques, dont 58 représentations figuratives, essentiellement des animaux, 46 signes géométriques, quadrangulaires, arborescents, rectilignes, à éléments emboîtés, en semis de ponctuations ou cruciformes. Il y a 57 figures indéterminées pouvant s’apparenter à des signes, mais aussi à des esquisses de figures animales.
Nous entrons dans un espace qualifié de « Chapelle Sixtine de la Préhistoire », un des sommets de l’intelligence créative de l’homme. Le Passage
Le Passage relie la Salle des Taureaux à la Nef et à l’Abside. Il est caractérisé par une grande densité des représentations d’une lecture souvent difficile. Plusieurs centaines de figures gravées et certaine peintes, 385, plus précisemment, y furent dénombrées et identifiées : chevaux, bisons, bouquetins, bovidés, cerfs et des signes à crochet, en croix, quadrangulaires La Nef
La paroi de gauche regroupe quatre panneaux : celui des sept Bouquetins, de l’Empreinte, de la Grande Vache noire et des Bisons adossés. Celle de droite n’est occupée que par la seule frise des Cerfs nageant. La déclivité du sol est à l’origine de la répartition des panneaux sur différents niveaux. Les thèmes figuratifs se partagent entre cheval, bouquetin, cerf, bison et aurochs, dans des proportions très différentes où les équidés, comme dans chaque secteur de la cavité, dominent largement le bestiaire avec ici un effectif de 27 individus. L’aurochs, en revanche, imposant par sa silhouette massive et sa position au centre de ce vaste dispositif, n’est évoqué qu’une seule fois, alors que le bouquetin est traduit à neuf reprises, le bison, cinq, et le cerf six. Le Diverticule des Félins
Le diverticule des Félins se développe sur une longueur d’environ 25 m. Plus de 80 figures y ont été recensées par André Glory. Sur les 51 figures animales de cette galerie, le cheval domine largement avec vingt-neuf individus, puis le bison, neuf, le bouquetin, quatre, et le cerf, trois. Aucun aurochs n’est présent. Les félins prennent ici une place plus importante que dans le reste de la grotte avec six individus. La répartition des figures reste inégale ; 90 % d’entre elles se situent sur les premiers mètres du conduit, segment le plus étroit de ce secteur. L’Abside
Dans un espace limité en surface à quelques 30 m2, pour une élévation moyenne de 3,50 m, l’Abside renferme plus d’un millier de figures. Parmi celles-ci, près de 500 animaux et 600 signes géométriques ou traces diverses. Les figures se répartissent sur les parois latérales et au plafond en coupole, sans discontinuité. Leur densité croît de l’entrée vers le fond, elle est maximale dans l’absidiole qui s’ouvre à l’aplomb du Puits, dans la partie la plus reculée de cette salle. Le support calcaire très tendre explique en partie une telle exubérance graphique.
La notoriété de Lascaux repose pour l’essentiel sur les peintures de la Salle des Taureaux, du Diverticule axial et de la Nef. Cependant, par le nombre très élevé de figures présentes dans l’Abside, mais aussi dans le Passage, la Nef et le Diverticule des Félins Le Puits
Par opposition aux secteurs précédents, l’Abside, le Passage ou la Salle des Taureaux – le Puits ne regroupe qu’un nombre restreint de figures. On en compte huit au total. Quatre relèvent du bestiaire (cheval, bison, oiseau et rhinocéros), trois autres du registre géométrique (ponctuations et signes à crochet). Au centre de cette composition, une représentation humaine attire toute l’attention.
On remarque sur la paroi de droite un cheval et sur celle de gauche les autres figures regroupées sur environ 3 m2. Ce dispositif, rendu célèbre par son potentiel narratif, est un des rares exemples où l’animation des sujets et les thèmes sollicités témoignent d’un épisode particulier laissant supposer la possibilité d’interprétation d’un message, d’où le nom de « Scène du Puits Le support
Le choix des outils pour peindre, dessiner ou graver est très dépendant des propriétés mécaniques et des caractéristiques morphologiques de la paroi. En fonction de ces données, le mode d’expression va donc être différent d’un secteur à l’autre, s’adaptant aux exigences du support. La roche, au sein de laquelle la grotte est creusée n’est pas apparente partout. Dans plusieurs salles, les parois sont recouvertes de calcite blanche.

Ces variations ont provoqué une bipartition dans la répartition des techniques de traductions des figures. Dans la salle des Taureaux et le Diverticule axial, l’espace est caractérisé par un encroûtement carbonaté à très fort albédo et à grain quelquefois important. L’induration du support, ainsi que sa rugosité, sont autant de facteurs qui ont exclu la gravure et, en revanche, incité à peindre et à dessiner. Dans la partie de droite de la grotte, incluant le Passage, l’Abside, la Nef et le Diverticule des Félins, l’encaissant a été rendu friable par les phénomènes de corrosion du calcaire. Il se désagrège sur un à deux millimètres de profondeur. Sur un tel support, la gravure devait prendre le relai des tracés au pinceau ou au tampon. La peinture, très présente, n’a pu être appliquée que par pulvérisation.

Très tôt, les études d’art pariétal paléolithique ont attiré l’attention sur le traitement particulier de certaines figures, en apparence seulement ébauchées, mais dont la complétude était assurée par l’association avec des reliefs naturels qui suggéraient, par leurs formes, le segment anatomique manquant.

La plupart du temps, ces formes de parois interviennent pour simuler une fraction seulement de la silhouette de l’animal. Il est à remarquer que, dans de nombreuses grottes, le potentiel en formes naturelles susceptibles d’être transformées en représentations animales ou humaines est élevé. Pourtant, le nombre de figures construites sur ce mode reste extrêmement limité par rapport aux multiples opportunités. L’invention
Nous sommes en 1940, à la fin de l’été. Rien n’incitait alors à détourner son attention des événements dramatiques qui marquèrent cette période. Pourtant, en Dordogne, une découverte archéologique majeure allait un temps attirer tous les regards.

A mi pente de la colline qui domine au sud la localité de Montignac, s’ouvrait un trou de renard, entrée possible d’un souterrain qui, selon la légende locale, devait conduire au manoir de Lascaux. La première tentative d’exploration de cette cavité fut le fait d’un jeune apprenti garagiste, Marcel Ravidat. Faute de moyens plus adaptés, il dut remettre cette opération. Quatre jours plus tard, le jeudi 12 septembre, il revint sur les lieux avec trois autres jeunes de la commune, Jacques Marsal, Georges Agniel et Simon Coencas. L’orifice de l’anfractuosité fut élargi et Marcel se glissa dans une petite cheminée verticale. Il prit pied sur un cône d’éboulis qu’il dévala jusqu’en bas. Les trois autres complices le rejoignirent. A la lueur d’une lampe fabriquée dans la hâte, ils traversèrent une salle d’une trentaine de mètres de long. C’est à la faveur d’un resserrement de la galerie qu’ils aperçurent les premières peintures de l’actuel diverticule axial. Ils parcoururent ainsi l’ensemble des ramifications de la cavité, les parois révélant un fantastique bestiaire. Ils furent arrêtés dans leur exploration par un trou noir s’ouvrant vers d’autres prolongements de la grotte. Le lendemain ils y retournèrent avec une corde qu’ils déroulèrent dans l’orifice s’ouvrant au sol. Marcel s’aventura le premier dans ce puits profond de huit mètres. Au pied, il découvrit la scène de l’homme affronté au bison.

Ils confièrent leur aventure à leur instituteur, Léon Laval, qui descendit à son tour dans la grotte, le 18 septembre. L’abbé Henri Breuil, réfugié dans la région, fut informé de cette découverte. Il devait faire une première reconnaissance du site le 21 du même mois Le panneau de la Licorne Premier grand taureau

Deuxième taureau

La Licorne

Frise des chevaux noirs

Tête d’aurochs

Grand cheval rouge et noir

Cheval brun

Frise des Petits Cerfs

Vache rouge La Licorne
Dès l’entrée dans la Rotonde, le regard est attiré par un animal aux formes étranges, la Licorne. En position première, elle semble pousser vers le fond de la galerie tous les animaux de cette paroi.
Cette figure possède des lignes ondoyantes qui laisseraient à penser que l’on est en présence d’un félin. Une tête carrée, un garrot très saillant, un ventre dilaté, des pattes robustes, inciterait à abonder dans ce sens. Toutefois, deux cornes rectilignes prolongent d’un tiers l’emprise de cette figure, segments anatomiques qui invitent à ranger cet animal dans la catégorie des animaux fantastiques. De multiples interprétations ont été proposées, mais aucune n’est actuellement satisfaisante Frise des Chevaux noirs
À l’avant de la Licorne, une frise de huit chevaux noirs se déploie sur une longueur de 9 m en direction du fond de la cavité. Ces chevaux, complets, partiels, voire limités à un seul segment anatomique, semblent se déplacer sur une même ligne de sol, matérialisée à la fois par le changement de teinte du support et par le retour de paroi créé par la banquette. La technique de réalisation est identique pour l’ensemble de la frise : soufflé et pochoir.
Le premier cheval devait être complet. Suite à une dégradation du support, une large écaille s’est détachée de la paroi emportant une partie de la peinture. Sur cette plaque de desquamation, déposée actuellement au pied du panneau, on retrouve les contours de la tête et de l’encolure. Autre cheval complet, le quatrième cheval, au centre de la frise, est représenté en extension, seuls les membres postérieurs reposant sur la ligne de sol imaginaire. Son encolure, massive, contraste avec sa tête, réduite. L’aspect pommelé de la robe est dû à la conservation différentielle des pigments, meilleure dans les concavités que sur les aspérités de la roche. Plusieurs chevaux sont incomplets, limités à l’avant-train (deuxième cheval), à la tête, l’encolure et l’amorce du dos (troisième cheval), discrète silhouette incluant la tête, l’encolure et l’amorce du dos (cinquième cheval). Les septième et huitième chevaux sont seulement esquissés Tête d’aurochs
La paroi du panneau de la Licorne est subdivisée en deux registres séparés par un joint de strate, zone sensible aux phénomènes de décompression de la roche : des stigmates de desquamation sont visibles, la plus importante marque le premier tiers de la fresque, entre la Licorne et le grand cheval rouge et noir. L’écaille détachée repose au pied de son emplacement d’origine. Elle a été manipulée et déplacée à plusieurs reprises. Sa lecture est actuellement difficile, mais les photographies anciennes prises par F. Windels permettent de distinguer les contours associés au premier cheval de la frise noire d’une tête dont l’espèce est quelque peu difficile à identifier. Les dimensions importantes (environ 129 cm) de cette tête, sa technique de réalisation, son mufle quadrangulaire barré sont autant de critères qui permettent cependant de la rapprocher des autres figures d’aurochs . Grand cheval rouge et noir
Ce cheval, le plus complet des équidés de ce secteur, occupe la partie centrale du panneau. C’est aussi le seul animal bichrome, rouge et noir, de cette paroi de gauche. Il a été réalisé au soufflé pour la tête et le corps et au pinceau pour les membres, la queue, les lignes du dos, du ventre et le chanfrein. Deux ponctuations noires sont situées à hauteur de l’attache des membres antérieurs.
La structuration de la forme mise en place relève de techniques diversifiées. Un fin liseré rouge, tracé au pinceau, marque la limite du dos et de la croupe, un second, noir, la ligne inférieure d’encolure reliant l’antérieur de droite à la gorge. Une juxtaposition de taches noires, sensiblement de même profil, retrace la courbe ventrale, tandis que le modelé de la cuisse, plus fondu, fut obtenu par interposition d’un pochoir. Le tracé des pattes, de la queue et du chanfrein, atteste de l’utilisation d’un outil identique à celui adopté pour le dessin de la ligne de dos et de l’encolure. En revanche, les deux appendices sommitaux, colorés en rouge et se substituant aux oreilles, témoignent d’une empreinte Premier grand taureau
Première figure monumentale, cette représentation d’aurochs , orientée vers le fond de la galerie, domine la frise des chevaux noirs. Longue de 3,50 m, de l’extrémité de la ligne de dos au mufle, elle et occupe toute la hauteur du panneau, soit 3 m. Ces proportions semblent atténuées par les nombreuses figures d’équidés et de cervidés qui le cernent ou se superposent à son emprise. Pourtant, seul l’avant-train est dessiné, la présence trop dense de chevaux situés à l’arrière n’a sans doute pas autorisé le tracé complet de l’animal. Peinte dans son intégralité, cette figure aurait été la plus imposante de l’art pariétal paléolithique.
Les détails de la tête et de l’encolure sont nombreux, l’œil, l’oreille (en trapèze), le chignon très fourni, le mufle aux contours élaborés ainsi que la traduction du pelage par mouchetures sont autant d’éléments graphiques que l’on retrouve sur plusieurs bovidés. Cette parenté graphique pourrait même suggérer l’intervention d’une seule et même personne. Seule, l’encornure est particulière, presque symétrique, à la différence des autres figures de taureaux. La technique de réalisation est également très semblable d’un taureau à l’autre : la partie supérieure est traitée au pinceau et/ou au tampon, alors que la partie inférieure est traitée par pulvérisation de matière colorante.
Ce dessin d’aurochs se différencie chromatiquement des autres par le surlignage, en rouge, du garrot, des deux cornes et du chignon, c’est-à-dire de l’ensemble des traits localisés en partie supérieure de l’œuvre. Cet apport est postérieur au tracé noir. Cheval brun
Le deuxième cheval, encadré par les taureaux et disposé au dessus des petits cerfs est brun et noir. Appliquées par soufflage, ces couleurs sont associées en dégradé, en particulier sur la crinière. Cette technique, assez rare dans la cavité, peut être mise en relation avec la finesse de grain du support rocheux. La figure du cheval est limitée à la tête, l’encolure et au dos. En revanche, les détails anatomiques comme les oreilles, le bout de nez, les naseaux, la bouche, la ganache et l’amorce du cou sont très précis. Est-ce un hasard, une concrétion calcaire se trouve à l’emplacement de l’œil. En trait d’union entre les deux grandes représentations d’aurochs, les premier et deuxième taureaux, il occupe tout l’espace délimité latéralement par les têtes des deux bos , et en toit par l’arête rocheuse marquant le périmètre du tableau. De l’exiguïté de la surface disponible résulte un emboîtement quasi parfait des figures, la tête même de l’équidé s’insérant dans l’encornure du boviné de droite.
L’œil pratiquement jamais représenté sur les chevaux de Lascaux, semblerait ici exister ; en effet, des efflorescences carbonatées se substitueraient à cet organe, apparence renforcée par une discrète réserve, en demi-cercle, immédiatement au-dessus de cette macro-formation. Cependant, ce phénomène pourrait être chronologiquement postérieures au passage de l’homme du Paléolithique, ce qui limiterait cette interprétation à une conjonction heureuse entre le naturel et l’anthropique.
Le support possède un grain relativement fin, texture mise à profit pour procéder à des associations de couleurs, brunes et noires, et à la création de dégradés, technique rarement utilisée Frise des Petits Cerfs
Entre les deux grands taureaux affrontés et au-dessous du cheval brun se trouve un groupe de cinq petits cervidés, aux proportions sensiblement identiques, tous orientés vers l’entrée de la cavité. Leur répartition s’effectue selon trois plans, celui du cerf jaune, puis les deux cerfs rouges et enfin les deux esquisses de cerf (l’un situé au-dessus du mufle du taureau de droite, l’autre recoupant les pattes antérieures de ce taureau) . Les détails anatomiques sont de moins en moins nombreux à mesure de l’éloignement des sujets par rapport à la figure centrale, le cerf jaune et noir. Ces figures témoignent d’une certaine unité graphique, par le parallélisme des pattes, le dessin de la ligne cervico-dorsale et la convention de l’attache des membres antérieurs sous la forme d’un trait court parallèle à la ligne de cou. La symétrie des figures se retrouve aussi dans l’animation, les deux sujets extérieurs étant statiques, au moins deux des trois centraux étant en mouvement.
Le cerf jaune et noir est la figure centrale du groupe. Plus achevée, elle comporte certains détails, en particulier l’extrémité des pattes, dessinées avec les sabots et l’ergot. La figure s’inscrit dans un carré, ce qui est rendu possible par un fléchissement des pattes antérieures et un allongement du corps et de l’encolure. Un dégradé de couleur, du jaune au noir, marque la variation du pelage sur l’encolure. La répartition des andouillers est plus réaliste que celle des autres cervidés de ce groupe. La figure compose avec les irrégularités de la paroi. Un bourgeonnement de calcite, laissée Deuxième taureau
Longue de 350 cm, cette deuxième représentation de bos , ou aurochs , occupe l’espace le plus reculé de la salle. Elle est tournée vers l’entrée de la cavité. L’encorbellement de la paroi est ici maximum, son inclinaison approchant les 60° par rapport à la verticale. Sa position, en adossement à l’entrée de la galerie axiale lui permet, tout en participant à cette vaste composition, de s’individualiser quelque peu car l’environnement graphique s’avère moins chargé que pour le premier taureau en situation d’affrontement.
L’animal possède la quasi-totalité des détails anatomiques : encornure très marquée, chignon dédoublé, ponctuations du pelage, sexe appuyé. Seuls les contours de ces taureaux sont tracés et, comme pour celui qui lui fait face, la partie supérieure a été réalisée au pinceau tandis que les contours du bas ont été produits par pulvérisation de pigments.
Trois figures le recouvrent : une tête de jeune boviné, une petite silhouette partielle de cheval, ainsi qu’un grand boviné rouge. De nombreux signes géométriques l’entourent, notamment entre l’épaule et le poitrail (ponctuations, signe à crochet, trait rouge…) ou au dessus du garrot (un trait et trois ponctuations). Vache rouge
Cette peinture de boviné se fond dans la partie ventrale du deuxième taureau. Sa silhouette, tournée vers le fond du sanctuaire, côtoie l’arête marquant la transition entre la Rotonde et le Diverticule axial.
C’est une figuration aux dimensions respectables ; elle se développe à l’intérieur d’un cadre virtuel de 2 m de long pour une hauteur de 1 m. La morphologie de cette figure suscita quelques hésitations de lecture. Malgré la présence de nombreux détails anatomiques attestant d’un traitement graphique évolué, la forme générale, en particulier celle de l’avant-train, ne provoqua pas l’unanimité dans l’identification, qui devait osciller entre bos et bison. Plusieurs caractéristiques font pencher pour une vache : la queue, très longue, tombe verticalement jusqu’au sol. Cette double caractéristique est constante chez toutes les représentations de vaches à Lascaux. Les cornes, par leur développement important, à double courbure, et leur caractère gracile, ne peuvent appartenir à un bison. Le panneau de l’Ours Protomé d’aurochs

Troisième taureau

Quatrième taureau

l’Ours noir

Esquisse de taureau noir

Vache rouge suitée

Petit cerf noir

Cheval acéphale polychrome Les premières études
Une semaine après la découverte du site, le 21 septembre 1940, l’abbé Henri Breuil se rendit à Lascaux pour une première visite et une authentification des figures de ce sanctuaire. Plusieurs préhistoriens l’accompagnaient, dont l’abbé Jean Bouyssonie, le Dr Cheynier et Denis Peyrony alors Conservateur du Musée de Préhistoire des Eyzies. Le mois suivant, sous la direction de Breuil, les premiers travaux d’enregistrement photographique par Fernand Windels et de relevé des figures, par Maurice Thaon, furent engagés.

De nombreux objets mobiliers, en os, ou en silex, qui jonchaient le sol et les banquettes furent collectés suite aux incursions des inventeurs et aux visites faites par Léon Laval et Denis Peyrony.

Les travaux d’aménagement de la grotte pour son exploitation touristique s’achevèrent en 1948. Les premières fouilles, engagées par l’abbé Breuil et Séverin Blanc, ne commencèrent que l’année suivante. Dans cette première phase, seul le Puits fut investi dans l’espoir, sans doute, de découvrir une sépulture au pied de la Scène de l’homme affronté au bison. Les travaux d’André Glory. 1952-1963
L’âge, la fatigue et une vue défaillante ne permirent pas à l’abbé Breuil de poursuivre ses recherches à Lascaux. Il devait trouver en l’abbé André Glory son successeur. Dans un premier temps, il lui confia le relevé des gravures. En 1952, ce dernier commença ses travaux d’enregistrement par le Passage, où il enregistra 286 figures identifiables, dont la plupart furent relevées. Il poursuivit par celles du diverticule des Félins qui en comportait 87. Avec l’Abside, il se trouva confronté à un ensemble monumental dont le déchiffrement et la traduction graphique de quelque 600 figures réclamèrent des séjours prolongés qui se répartirent en plusieurs épisodes, de 1953 à 1962. L’élévation plus importante du champ orné de ce secteur impliqua la mise en place d’un échafaudage tubulaire dont l’emprise occupa la quasi totalité de la salle.

Parallèlement, le Secrétariat d’Etat aux Affaires culturelles le chargea, en 1957-58, de suivre les travaux de terrassement menés pour la mise en place du système de régénération de l’atmosphère de la grotte. Le flux croissant de touristes provoquait un apport important de gaz carbonique (CO2) et nécessitait l’implantation de cette machine. La partie vestibulaire de la grotte fut excavée sur une profondeur de 5 m pour héberger ce volumineux équipement. L’enfouissement des gaines d’extraction de l’air conduisit à défoncer les sols, de la salle des machines au Cheval renversé, d’une part, de la salle des Taureaux à la galerie du Mondmilch, d’autre part.

Dans ces différents espaces souterrains, A. Glory devait mettre au jour deux niveaux archéologiques et collecter un matériel osseux et lithique relativement important. Il poursuivit ces mêmes investigations dans le diverticule des Félins.

En 1961-62, il engagea une fouille minutieuse du Puits, mettant au jour notamment la lampe en grès rouge. Les travaux de Norbert Aujoulat. 1988-1999
Norbert Aujoulat devait reprendre ces travaux en incluant les figures de la salle des Taureaux et celles du Diverticule axial. La finalité résida dans l’identification des facteurs et des séquences de construction non seulement des figures, mais aussi des ensembles iconographiques. Ces recherches révélèrent, entre autres, le rôle fondamental de l’architecture de la caverne dans la répartition des œuvres pariétales et celui des propriétés mécaniques, optiques et morphologiques des supports dans l’adaptation à la paroi des techniques de peinture et de gravure.

Parallèlement, l’auteur rechercha les gîtes à pigment et mit en évidence les raisons de l’emploi exclusif du manganèse dans les dessins et peintures noires. En outre, il investit l’ensemble du domaine souterrain accessible du bassin versant de la Vézère afin de reconnaitre les critères qui amenèrent les hommes du Paléolithique à s’orienter vers la grotte de Lascaux. Cette approche mit en lumière les critères d’ordre géologique qui influèrent sur la répartition des sites d’habitat par rapport aux sites ornés, démarche qui devait conduire à l’identification de territoires.

Ses travaux sur les caractères de saisonnalité des animaux attestèrent la présence de cycles biologiques annuels liés aux conventions définies alors dans la mise en place des différents thèmes du bestiaire Interprétations
Le XIXe, découverte de l’art pariétal

Dès les premières découvertes d’art pariétal, à la fin du XIXe s., les interrogations sur l’origine de ces témoignages et sur les motivations qui incitèrent les hommes à peindre ou à graver aux tréfonds des cavernes furent au centre des réflexions menées par les différentes générations d’archéologues qui se sont penchés sur ce problème.

De l’art pour l’art, interprétation communément admise à la suite des premières investigations faites dans ce contexte, on devait évoluer vers des propositions à connotations ethnologiques. Ainsi, à la suite d’observations réalisées, en particuliers dans les grottes d’Ariège, sur plusieurs représentations de bisons aux flancs marqués par des signes en flèches, ces oeuvres furent-elles interprétées comme des réalisations liées à la magie de la chasse.

Cependant on se rendit à l’évidence lorsqu’après la multiplication des découvertes, le nombre de figures marquées par ces signes restait très limité.

D’autres théories portant notamment sur la fécondité ou le totémisme virent le jour, il faut le dire sans plus de validité.

On doit à Max Raphaël les premiers travaux sur l’organisation spatiale des ensembles graphiques. En 1957, Annette Laming-Emperaire empruntait cette même voie en insistant sur le caractère intentionnel d’associations s’apparentant à de véritables thèmes mythiques ou religieux.

André Leroi-Gourhan devait développer cette approche et établir, à partir de données statistiques, un système général cohérent, liant le motif pariétal à sa position topographique. Figurations animales et signes se répartissent selon les thèmes et les formes dans des secteurs spécifiques. Pour cet auteur, la caverne apparaît comme un monde véritablement organisé.

A la fin des années 90, une approche formalisée par Jean Clottes et Davis Lewis-Williams devait conduire à rapporter ces ensembles pariétaux au chamanisme.

Plus récemment, les recherches menées à Lascaux par Norbert Aujoulat, entre 1988 et 1999, mettaient en évidence le fait que la construction des panneaux suivait un protocole immuable au cours duquel le cheval est toujours tracé en premier, suivi de l’aurochs, puis du cerf. Sous ces conditions, le temps prend ici toute sa valeur. Cet enchaînement, systématiquement appliqué à l’ensemble des compositions de ce sanctuaire, répondait à des nécessités d’ordre biologique, révélées par les caractères de saisonnalité présents sur les animaux. Cette analyse montrait que les chevaux étaient en livrée de début de printemps, les aurochs d’été et les cerfs d’automne. Les différentes phases de ces cycles biologiques indiquent pour chaque espèce animale les prémices de l’accouplement, rituels d’où résultent la vie. Au-delà de cette lecture au premier degré, c’est le rythme, voire la régénération du temps qui est symbolisée. Se trouvent ainsi reproduites les phases du Printemps, de l’Eté et de l’Automne, évocation métaphorique qui, dans cette conjoncture, lie le temps biologique au temps cosmique.

Ces vastes compositions peintes ou gravées semblent être les témoignages d’une pensée spirituelle, dont la portée symbolique repose sur une approche cosmogonique. De l’entrée jusqu’au tréfonds de la grotte se déroule sous nos yeux le grand livre des mythologies premières, leurs fondements même, avec comme thème central la création du monde. Norbert Aujoulat (1946-2011)
Norbert Aujoulat, né le 03 mai 1946, était une personnalité tout à la fois cultivée, courtoise et pudique. Il nous a quitté le 12 avril 2011. Originaire de Saint Astier, périgourdin de souche et de cœur, spéléologue, il fut l’excellent expert des cavités ornées de Dordogne qu’il a bien souvent découvert et magistralement étudié. Conservateur du Patrimoine au Centre national de Préhistoire, il a pendant plus de 30 ans orienté et déterminé la politique nationale du Ministère de la Culture et de la Communication sur les grottes ornées et contribué à dégager les enjeux internationaux de leur étude et de leur conservation.

Fondateur du département d’Art Pariétal du CNP, il a réussi à mener de front à la fois une recherche de terrain (Lascaux, la vallée de la Beune, Chauvet, Cussac…), une réflexion scientifique et méthodologique de haut niveau en tant que docteur habilité à diriger des recherches, la direction de thèses, des cours en France et à l’étranger, tout en assurant ses missions d’acquisition de données (développement des bases HADES et ARTMOB), de conservation de la documentation (GESTDOC), d’expertise et de conservation des sites. Il a également travaillé sur des sites d’art rupestre, en France (La Carapa, Guyane) ou à l’étranger (Espagne, Portugal, Namibie, Afrique du sud).

Sachant garder un contact avec le public par des conférences, des expositions, la participation à la conception de fac-similé, Norbert Aujoulat a collaboré à de nombreuses éditions dont cet ouvrage de référence auquel il a largement contribué : l’Atlas des grottes ornées, ainsi que des sites internet récompensés par deux Webby Awards en 2000 et en 2010. Meilleur connaisseur de la grotte de Lascaux (il faisait partie du comité scientifique), il a écrit en 2004 cet ouvrage inégalable qu’est Lascaux, le geste, l’espace et le temps.

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Publié 1, juin 20, 2012 par NOUNOURS dans Uncategorized

4 réponses à “La grotte de Lascaux

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  1. Bonsoir Bernard….J’ai arrivée à l’ouvrir ton exposé …Mais je dois arrêtez , car Gros Orage sur Epernay…..Bonne fin après après midi…Je reviendrais demain….c’est très inintéressant ce que tu fais…Bons Gros Bisous de ton Amie Doudouce Sylvie ALI

  2. Bonjour Bernard ! … A mon tour de lire tes billets ! Je viens d’en apprendre un peu plus sur cette grotte que je connaissais mal … Cela m’a vraiment émue de voir que nos ancêtres très lointains nous ont laissé de si belles fresques … Peut-être qu’un jour, je me déciderai à aller les admirer de plus près … mais je suis un tantinet claustrophobe hélàs …. Bon dimanche, gros bisoussssssssssssss

  3. Bonjour.
    Je cherchais des images pour un exposé pour le lycée et je suis tombé sur celles de cet arcticle. Je voudrais savoir si je peux les inclure dans mon exposé.
    Merci !

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